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      Le Dictionnaire ou "la température des mots"

      · Association

      Le Dictionnaire.

      La solution la plus raisonnable pour se décider sur le sens caché d'un mot, semblant pourtant commun, est de s'en remettre au dictionnaire ! Car, malgré les apparences, il ne va pas de soi de faire la différence entre le cul, les fesses et le fondement ! L'un s'emploie à toutes les pitreries, et réunit pour ses frasques les suivantes, qui en rougissent souvent, et le dernier qui souffre sous le poids des idées reçues.
      Toutes les bassesses d'un vocabulaire, habitué de force aux aléas d'une vie de labeur, qui sauve la face en beauté. Qui, à coup d'épées péremptoires, ou de renoncement salvateur, qui du dictionnaire de l'Académie ou du Grand Larousse illustré fera de l'ombre au Petit Robert ?
      Peut-être bien la rue, encore et toujours la rue, cette inventrice , ou inventeure, d'une source inépuisable, et je ne parle pas ici d'eau de pluie sous un soleil rageur.
      Mais d'une eau de vie vive et plurielle, rappée, slammée, acharnée et décharnée, qui mot à mot, pied à pied et vers à vers, souffle inlassablement sur une nouvelle page qui se tourne.
      Et moi qui me perds de mot à mot, de temps en temps, si ce n'était ma vieille grand-mère qui me guide encore pour retrouver le goût d'une conjugaison des cœurs.
      Rien n'est plus beau que le dictionnaire tant qu'il sait faire son travail, nous unir, en France,
      ... et ailleurs.

      Batistin,artiste peintre, président de l'association artistique CHEZ XYZ

      Et si les mots avaient une température ?

      Voilà une drôle d'idée pour commencer à parler sérieusement des dictionnaires : la température de vocabulaire.

      L'expression existe dans le voisinage de la loi de Zipf, cette étonnante régularité statistique observée dans les langues. Lorsqu'on compte les mots d'un texte et qu'on les classe selon leur fréquence, on retrouve, dans des langues très différentes, une courbe remarquablement régulière : quelques mots reviennent énormément, tandis qu'une multitude d'autres apparaissent très peu.

      Et cette régularité ne semble avoir été décidée par personne.

      Aucune Académie universelle ne s'est réunie pour décréter que certains mots seraient priés de revenir toutes les trois lignes, tandis que d'autres auraient droit à une apparition tous les vingt ans. La langue s'organise toute seule, à travers l'usage de millions de locuteurs.

      On peut même pousser l'analogie jusqu'à parler de « température de vocabulaire » et de « fluidité verbale ». L'image est assez jolie pour qu'on ait envie de la garder : les mots circulent, certains chauffent, d'autres refroidissent, certains deviennent brûlants, puis finissent par disparaître.

      La langue serait-elle donc une matière ?

      Il y a en tout cas quelque chose de physique dans son comportement. Les mots les plus fréquents sont généralement courts ; beaucoup de mots d'un texte n'apparaissent qu'une seule fois ; et, plus un texte s'allonge, plus il recycle les mots qu'il connaît déjà : les nouveaux arrivent, mais de plus en plus au compte-gouttes. Comme si la langue trouvait en permanence un compromis entre l'effort de celui qui parle et l'effort de celui qui écoute.

      Celui qui parle aimerait aller vite, avec des mots faciles à retrouver. Celui qui écoute aimerait disposer de suffisamment de mots pour ne pas avoir à deviner.

      Et au milieu de cette tension, la langue se débrouille.

      C'est peut-être précisément pour cela que les dictionnaires sont une entreprise aussi étrange : ils cherchent à décrire et à classer une matière qui n'a jamais été fabriquée.

      Avant le dictionnaire, il fallait déjà sauver les mots

      Les premiers dictionnaires ne ressemblaient évidemment pas aux nôtres. On trouvait des listes de mots, des glossaires, des explications destinées à comprendre les textes anciens ou les langues étrangères.

      Puis, pendant des siècles, les moines copistes ont joué un rôle essentiel dans cette transmission. Dans les scriptoria des monastères, ils recopiaient les textes, les traduisaient, les commentaient et ajoutaient parfois des gloses pour expliquer les mots devenus obscurs. À côté des manuscrits enluminés — dont certaines pages sont de véritables œuvres d'art — se conservait ainsi quelque chose de plus discret : le sens des mots.

      Avec l'imprimerie, tout changea d'échelle. Les langues européennes commencèrent à être décrites dans de grands ouvrages. En France, Richelet, Furetière et l'Académie française contribuèrent, chacun à leur manière, à cette volonté de mettre le français en ordre. Puis vinrent Littré, Larousse, Robert et une multitude de dictionnaires spécialisés.

      Mais pendant que les dictionnaires classaient les mots, les hommes continuaient de les inventer.

      Et ils continuent.

      Le dictionnaire contre la rue ?

      Il y a quelque chose d'assez comique dans cette bataille permanente. Le dictionnaire voudrait bien savoir ce que signifie un mot ; la rue, elle, n'a pas toujours l'intention de demander son avis.

      Un mot nouveau apparaît. Il se répand. Il change parfois de sens. Il devient familier, populaire, technique ou littéraire. On l'entend partout. Puis, un jour, il finit par entrer dans un dictionnaire.

      Le dictionnaire ne l'a pas créé.

      Il l'a rattrapé.

      C'est peut-être là que se trouve sa véritable grandeur : accepter qu'une langue vivante ne puisse pas être enfermée dans ses propres définitions.

      Le dictionnaire fixe, mais la langue bouge. Il conserve, mais la langue invente. Il donne une définition, mais l'usage lui en donnera peut-être une autre demain.

      Et cette vieille histoire continue aujourd'hui sous une forme nouvelle. Les dictionnaires sont désormais numériques, les mots circulent instantanément d'un pays à l'autre et les textes peuvent être étudiés par d'immenses bases de données. Le dictionnaire n'est plus seulement un livre que l'on consulte : il devient une observation permanente de la langue en mouvement.

      Il y a quelque chose de rassurant dans cette vieille institution qui accepte finalement de courir derrière ce qu'elle était censée diriger.

      Les mots continuent leur chemin

      Peut-être est-ce pour cela que l'histoire des dictionnaires est aussi une histoire de transmission.

      Des copistes aux imprimeurs, des grands lexicographes aux dictionnaires numériques, il s'agit toujours de la même chose : faire circuler les mots, conserver leur trace et essayer de comprendre ce qu'ils deviennent.

      Alors, forcément, nous sommes particulièrement heureux de voir cette circulation se prolonger jusqu'à nous.

      Les Dictionnaires Collins utilisent le flux RSS de nos articles de blog, et nous en sommes très flattés. C'est une petite étape dans une histoire qui a commencé bien avant nous et qui, nous l'espérons, continuera longtemps après nous : celle des mots qui passent d'une bouche à l'autre, d'un livre à l'autre, d'une langue à l'autre.

      Et puisqu'un dictionnaire est peut-être, au fond, une manière de faire vivre les mots en les faisant circuler, nous ne pouvions qu'être heureux de les voir poursuivre leur chemin.

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