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Rentrée 2026 : 48 726 enfants, et la case qui reste vide

16 août 2026

Chronique

Chaque rentrée de septembre, un même chiffre revient, et il empire d'année en année : le nombre d'enfants en situation de handicap notifiés par la MDPH qui commencent l'école sans l'accompagnant auquel ils ont droit.

Une pénurie qui s'aggrave, une réforme qui se prépare

À la rentrée 2025, 520 600 élèves en situation de handicap étaient scolarisés en milieu ordinaire — un nombre multiplié par plus de trois depuis le milieu des années 2000. Sur les 352 000 élèves notifiés par une MDPH pour bénéficier d'un AESH — Accompagnant d'Élève en Situation de Handicap, le nom officiel du métier — 48 726 étaient sans solution, soit environ un enfant notifié sur sept. C'est 35 % de plus qu'à la rentrée précédente.

Le ministère invoque des contraintes à la fois budgétaires et de « vivier » : le projet de loi de finances 2026 ne prévoit que 1 200 recrutements d'AESH supplémentaires, contre 2 000 l'année précédente, alors même que les besoins continuent de grimper.

Face à ce constat, un rapport conjoint de l'inspection générale de l'éducation et de l'IGAS propose une refonte du système, avec des recommandations applicables dès cette rentrée 2026 : une revalorisation immédiate de 10 % du salaire des AESH, et la création d'un nouveau métier, celui d'assistant d'accessibilité, ouvert aux accompagnants les plus expérimentés. L'idée : sortir du modèle de l'accompagnement individuel permanent, jugé « budgétairement insoutenable à terme », pour aller vers une accessibilité pensée plus largement dans l'école.

Ce que je sais, moi, de l'autre côté du chiffre

Les statistiques ne disent jamais ce qu'elles mesurent vraiment. Derrière chaque dossier MDPH sans solution, il y a un enfant qui reste à la porte de la classe, ou dont un parent doit s'arrêter de travailler faute d'accompagnement.

J'ai un ami frappé par une infirmité physique dès sa naissance. Il vit chaque jour en assurant que rien ne le retiendra, rien ne l'empêchera de se conduire en homme, comme vous et moi. Nous rêvions de grandir, quand lui avait déjà la sagesse des vieux. Nous pleurons aujourd'hui notre jeunesse enfuie ; il a gardé son âme d'enfant.

Nous avons établi entre nous une relation saine : ni pitié, ni fausse pudeur, seulement de l'amitié — celle qui autorise les vraies disputes, les coups échangés puis les fous rires, parce qu'aucun de nous deux n'a jamais demandé de ménagement à l'autre. Le jour où je lui confiais mon dégoût de la vie, il m'a décoché un coup de poing terrible à la mâchoire, comme si j'étais responsable de la mauvaise soupe qu'on lui servait, quand lui trouvait la sienne excellente. J'ai compris ce jour-là que le combat incessant contre le quotidien donne du goût à tout, et de l'appétit. Chaque geste qu'il accomplit sans l'aide de personne — porter un verre d'eau à sa bouche, atteindre un robinet calibré pour d'autres que lui — est une revanche, un vrai cadeau, un doux plaisir : la vie.

Nous avons fini par grandir tous les deux, chacun sur son chemin. Et il m'a dit un jour, devenu triste à son tour d'avoir perdu ses rêves d'enfant : ses petites jambes n'auront finalement servi qu'à lui offrir un peu de répit — le répit de ceux qui n'ont jamais pu croire, comme nous, qu'il suffit d'être propriétaire et d'ouvrir un robinet d'eau potable pour se séparer de l'ennui.

Ce que la pénurie d'AESH abîme, ce n'est pas seulement une heure de cours manquée. C'est cette possibilité-là, offerte ou refusée dès l'enfance : celle de se conduire en homme, en femme, comme n'importe qui — simplement parce qu'on vous en a donné les moyens, ou pas.

Une case, un enfant

Je ne sais pas si le nouveau métier d'assistant d'accessibilité réglera le problème, ni si 10 % d'augmentation suffiront à retenir des professionnels aujourd'hui trop peu nombreux et trop mal payés pour un métier essentiel. Je sais seulement qu'un enfant sur sept, aujourd'hui encore, commence l'école avec une case cochée sur un papier administratif, et rien derrière — pendant que nous, qui n'avons eu qu'à ouvrir le robinet, ne prenons presque jamais le temps de nous asseoir pour y penser.

Batistin, artiste peintre, président de l'association CHEZ XYZ

Sources : Handicap.fr, SE-Unsa, CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, Zèbres & Cie — chiffres DGESCO et rapport IGAS/IGÉSR 2026.
Photo : Wikimedia Commons, domaine public (CC0) : Une rampe d'accès improvisée, réalité de tous les jours pour beaucoup de familles.